ile-de-la-reunion

                       Jean-René Domingue est un homme libre et pieux. Libre enfin, car prisonnier de l’alcool de 16 à 35 ans. Aujourd’hui, à 50 ans, il voue sa vie aux autres, partageant son expérience, après 15 années d’une abstinence durement conquise.            

Il a cru tout perdre, et surtout le plus cher, sa femme et ses deux enfants. En effet, fatiguée d’essayer par amour de lui faire quitter sa seconde compagne, une bouteille de rhum à qui il donnait même ses nuits, se réveillant dans l’obscurité pour y puiser le brûlant liquide, son épouse est partie avec les enfants, le laissant seul face à ses démons.

            Jean-René décide de faire tout pour être de nouveau près des siens, et commence alors un processus qui durera trois ans. Trois années de rechutes, de combats, et de petites victoires. Trois années durant lesquelles sa femme le soutient, émue par la volonté de Jean-René de s’en sortir enfin.

            L’homme vit une révélation lors d’une promenade avec des amis, qui l’emmène par hasard sur un lieu de prière, le calvaire de Petite-Île, où il venait enfant avec ses parents. Il avait tout abandonné, son travail, sa volonté, et surtout sa foi, qui a pourtant structuré son enfance, “L’alcool était devenu mon Dieu”, consent-il.

“Si c’est ainsi, il faut que je t’abandonne”

            Sa femme revenue près de lui, à la condition de s’exiler dans le Sud, Jean-René tient 3 mois sans boire une goutte, mais la rechute est si terrible qu’il est hospitalisé. Délirant de par le manque, il est odieux avec les soignants. Sa femme lui dit alors “Si c’est ainsi, il faut que je t’abandonne. Même les médecins ne veulent plus de toi.” Mais d’abord, elle veut qu’ils se confessent tous deux. C’est alors que son fils de 9 ans lui dit, amer : “Tu aimes l’alcool, pas ta famille.”. Meurtri par ces paroles tristes et vraies, il décide de s’en remettre entièrement à Dieu, qu’il appelle à l’aide.

            Durant 6 mois, Jean-René et sa femme vont sur tous les lieux de prière de l’île, “De façon à ce que la présence de Dieu soit tout au fond de moi, et que j’oublie l’alcool”. Mais il rechute de nouveau: “J’étais vraiment en enfer. Je vivais à La Plaine des Cafres, et travaillais à Saint-Denis. Je me suis fait contrôler sur la route, et ai eu un retrait de permis de 2 mois, pour conduite en état d’ivresse”. Dans l’incapacité de se rendre au travail, il s’enfonce un peu plus.

             Un matin, pris des tremblements du manque, il se sert un verre de rhum pour les faire cesser, et entend une voix lui dire: “Jean-René, tu es en train de te détruire!”. Terrifié par la voix, il verse le contenu de la bouteille de rhum dans l’évier, et n’a pas bu une goutte d’alcool depuis cet instant. Il décide alors de s’engager dans l’Église, persuadé que c’est Dieu qui l’a aidé à arrêter le poison. “Je me suis engagé sur un chemin qui m’a sauvé. C’est une grâce de Dieu, je savais où puiser la force.”

              Lors d’un pèlerinage à Lourdes, en 2007, alors qu’il a définitivement arrêté l’alcool, il adresse une prière à Dieu : “Maintenant que tu m’as aidé, donne-moi la force d’aider les autres.” À cet instant, s’approchent de lui des pèlerins de “L’Eau Vive”, une association d’aide aux alcooliques reconnue par le Vatican. Il prend cela pour un message de la Providence, et consacrera désormais sa vie à aider les autres via “L’Eau Vive”, dont il est le représentant à La Réunion.

              Jean-René accompagne de nombreuses familles dans la voie vers la guérison, et est fier que de nombreuses personnes aient arrêté l’alcool avec son aide et celle des cinq pélerins de “L’Eau Vive” Réunionnais. Il raconte son incroyable histoire dans un livre, “De l’enfer de l’alcool à la joie de l’abstinence”, dont les ventes sont reversées à l’association “Abstinents joyeux”, qu’il a créée en 2014.

             Jean-René Domingue  est un homme heureux, il aide les autres à sortir de l’enfer de l’alcool, il le fait gaiement et patiemment : “Un alcoolique, on doit l’accompagner dans sa maladie. C’est de l’amour et de la compassion.”

 

                                                                                                                                                                                                                                                         Bérénice Alaterre

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