Histoire de la Mission des Pèlerins de l’Eau Vive

Jésus a dit : « Vous tous qui souffrez, vous dont le fardeau est lourd,
venez à moi. Je vous soulagerai. »  (Mat.11 : 28)

« Je ne suis pas venu pour les bien-portants,
mais pour les malades » (Mat.9 : 12)

COUP D’ENVOI DE NOTRE MISSION

Marion CAHOUR

Marion CAHOUR

Elles étaient trois femmes d’âge à participer à une session du Renouveau charismatique à Lourdes ;  Marion CAHOUR, médecin alcoologue,  accompagnée de deux amies, Marie-Claire et Zélie.

Marie-Claire, religieuse infirmière à domicile, entrait tout juste dans sa retraite. De forte corpulence, un beau chignon qui tanguait sur sa tête, des yeux clairs innocents comme son nom. Eternellement juchée sur son vieux vélo, poussée par le Saint Esprit, les fruits de son apostolat étaient nombreux et admirables. Son charisme le plus remarquable était celui de l’émerveillement, tout comme le ravi de la crèche, tout en elle criait devant chacun « Ah, qu’il est bon, petit frère que tu existes ! ».

Il y avait Zélie, qui depuis toujours avait tenu la boulangerie de la rue Saint Léonard, active, très besogneuse : « En quoi puis-je vous servir ? » disait-elle à ses incessants clients : « En quoi puis-je vous servir ? »Très secrète et d’une fidélité sans faille, aux choix profonds, sans bruit, elle avait mis au monde six enfants. Elle ne pouvait se passer de rencontrer des humains. Avec son mari elle faisait partie de la « Croix d’Or ».

Enfin, il y avait Marion, la plus grande du trio : un mètre soixante dix huit. Marion est née en 1908 à Redon, pays de marais dans une famille de «rouges » anticléricaux, soutien de l’école laïque. Jaurès était leur prophète. Elle avait un  grand amour pour ses camarades de classe, mais sa différence sociale la gênait (elle était la seule à porter un chapeau). Mais sur un point, les plateaux de la justice se rétablissaient : leurs pères buvaient, le sien aussi.

L’alcoolisme de son père

Ils ont vécu à 3 ce cancer familial : pas de cris, de disputes. Un film muet, rivés à la même galère. Ils étaient trois étrangers, surtout son père qui de lui-même s’excluait. Elle s’impliquait dans ce drame comme seuls des enfants peuvent le faire. Elle en oubliait de vivre pour son propre compte.

A l’âge de 14 ans elle perdit son père, d’alcool bien sûr ! Quelques semaines plus tard, elle reçut un baptême de convenance pour être plus mariable. Il y avait beau temps qu’elle avait découvert par la lecture de la Comtesse de Ségur, l’existence de Dieu.

Le bac passé au lycée de Nantes, elle choisit de faire médecine car cela lui donnait un plus long délai.

Elle choisit la médecine scolaire pour être sûre de ne tuer personne. Elle retrouvait relégués au fond des classes, les enfants des camarades de son enfance.

UN BRIN DE CAUSETTE

Un jour elle rencontre le vieil Abbé Tinier : de leur rencontre jaillit une réalisation hardie. Sans un sou, ils ouvrirent une consultation pour buveurs désireux de se guérir, sans hospitalisation, sans perdre une heure de travail, sans rendez-vous, sans débourser un centime.

C’est là qu’elle apprit sur le tas et avant l’heure son métier d’alcoologue, dans une petite boutique sise sur le flanc gauche de la grande église ST Similien, baptisée « Un brin de causette » avec une annonce inscrite sur la vitre au blanc d’Espagne

 

marion brin de causette

C’est ici que tout à commencé !

« La soupe du matin chez Jésus, c’est gratuit »

( inscription écrite au blanc d’Espagne)

 

brin de causette

Inscription finale qui doit rester inscrite…(statuts de l’association)

 

                              

Témoignage historique de Marion Cahour…en 1985 et toujours d’actualité….

Ci-dessous reportage de 2012 – fonctionnement de « BRIN DE CAUSETTE »

LOURDES

Après avoir chanté, dansé et loué tout l’après-midi, rentrant à leur hôtel, elles furent reçues par leur hôtesse blafarde, les cheveux épars, parfaitement ivre, et  accueillies par une bordée d’insultes. « Débarrassez le plancher, je vous ai assez vues, allez rejoindre ceux qui se rassemblent pour la procession aux flambeaux ».

Au lieu de prendre la chose avec humour, elles restèrent  sidérées et comme si la foudre leur tombait dessus, mais guidées par le Saint-Esprit, elles comprirent la colère, l’explosion de désespoir d’une femme alcoolique. C’était une malade  qui craquait et appelait au secours. Submergée par la compassion, leurs entrailles retournées par le bouleversement, cela ne pouvait plus durer, c’était un signe.

Très rapidement elles fabriquèrent une pancarte grossière avec le couvercle d’une boîte à chaussures, un vieux manche à balai, un lacet, puis l’une d’elles écrivit en gros avec un marqueur

«Jésus Sauveur guéris-nous de l’alcool, MERCI ! »

Bravement, bras dessus bras dessous, Marion la plus grande au milieu portant fièrement ’notre drapeau’ elles partirent a la procession aux flambeaux particulièrement importante ce soir-là. Contre toute attente, elles ne furent pas « éjectées » de cette cérémonie très réglementée, mais elles firent un « tabac » dont elles s’étonnèrent pendant de nombreuses années.

Quand elles furent arrivées à la Vierge couronnée, le maître de cérémonie vint les chercher et leur fit remonter toute l’esplanade pour les placer sur l’un des escaliers latéraux de la basilique, au milieu des porteurs de bannières, juste au-dessous d’un grand lampadaire pour qu’on puisse les voir de partout.

« Tiens- toi droite, porte haut la pancarte » lui soufflèrent ses amies, mais le conseil était inutile. Des milliers et des milliers d’yeux convergeaient sur elles, sur cette pancarte, cri insolite de misère et d’espérance. Quand la cérémonie du Salut au Saint Sacrement fut achevée, le cordon des nombreux d’évêques en robe rouge ou violette au pied de la basilique se retourna et les découvrit. L’un d’eux se détacha et vint vers elles : « Je vous félicite, mesdames, leur dit-il, pour votre courage et votre foi, c’est surtout ce mot « MERCI » qui me frappe. (C’était déjà un signe de reconnaissance de notre Eglise).

Puis elles furent submergées par une foule de pèlerins venant de tous les bords, particulièrement par des groupes de femme italiennes et espagnoles, qui criaient « alcool-alcool » en leur baisant les mains. Pour elle trois, c’était une nouveauté. Leurs yeux se mouillèrent et au bout de deux heures elles étaient encore sur place.

Lorsqu’elles revinrent de leur équipée, le train prévu pour le retour était déjà parti depuis longtemps. Elles en  prirent un autre le lendemain. Là, dans la prière, la supplication, l’invocation à l’Esprit Saint, elles firent le point. En ce soir mémorable, elles avaient reçu l’effusion de l’Esprit Saint. Pour chacune d’elles, demain ne serait plus jamais comme hier. L’année suivante elles reviendront dans cette cité de Marie avec  15 amis et leurs familles torpillées par l’alcool.

 

La Mission des pèlerins de l’Eau Vive était née  !

 

HISTOIRE DE MARION CAHOUR
                           Le nom de cette dame, née la même année que Françoise Dolto et Soeur Emmanuelle, ne dit rien à la quasi-totalité des français. Moi-même jusqu’en 1994, quand j’ai repris le travail dans le secteur de ce qui s’appelait encore le RMI, j’ignorais qui elle était et à quel point elle avait oeuvré dans le département pour les exclus, notamment ceux confrontés à l’alcool, à la rue…
Petit coup de zoom pour mieux faire connaître cette femme.
                          Elle est née en 1908 à Redon, dans une famille atypique (père breton et mère écossaise) qui, fait rare à l’époque, ne la baptise pas. Baptisée à sa demande, à l’âge de 14 ans, elle restera toute sa vie une catholique « active », désireuse d’aider les autres.
                         Après avoir exercé comme médecin à l’Assistance publique de Paris et auprès des écoles de la ville de Paris, elle revient à Nantes. Et c’est là que tout bascule. Elle crée la première consultation anti-alcoolique du département (elle continuera d’ailleurs d’y exercer bien après l’âge de la retraite). Elle ouvre aussi des centres de post-cure alcoolique dans la région nantaise. Enfin, elle contribue à créer l’association « la Croix d’or » qui aide les malades alcooliques et leur famille.
                         Mais son action ne s’est pas arrêtée aux alcooliques car dans les années 70, pour venir en aide aux plus démunis, elle ouvre un petit local appelé « Brin de Causette ». Situé près de l’église et du marché central de Nantes: Saint-Similien, elle va y accueillir et réconforter les exclus. Ce lieu d’écoute va vite devenir plus que cela. Dans les années 2000, près de 150 personnes y passaient chaque jour, de 7 h à 11 h, pour être écouté mais aussi aidé à rédiger une lettre… prendre un petit-déjeuner… et repartir éventuellement avec quelques sandwichs et un yaourt, voire un plat chaud.
                        Depuis…
                        En 2000, Marion est morte…
                        En novembre 2008, à l’extérieur du local, une plaque a été apposée en souvenir de l’action de Marion.
                        En mars 2010, le local a du temporairement fermer pour cause de trop de violences en provenance d’un petit groupe de personnes ayant des troubles mentaux*.
                        S’il a rouvert après juste une semaine de fermeture, en avril 2011, le président de l’association gestionnaire du local s’inquiétait quant au nombre de bénévoles* présents pour faire fonctionner le local toute l’année, de 7 à 11 heures: « Nous voudrions surtout plus d’hommes. La population jeune des accueillis a explosé. Nous sommes inquiets car elle est plus difficile à «gérer».             
                         Que ceux qui veulent nous rejoindre sachent qu’il y a une formation (à l’écoute, à l’accompagnement des toxicomanes, etc.) par des anciens et par des professionnels. En 2009 nous étions 110. Aujourd’hui, 91 c’est trop peu pour nos 11 équipes. »
article paru le jeudi 3 novembre 2011

 

plaque Marion Cahour

Une « sacrée » bonne femme…

 

 

 

 

 

 

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